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29.06.2007
« Le fantastique roman de l'enfant Inca ».
Un enfant de 400ans
Ils se croyaient seuls, à 5300mètres, sur le sommet glacé et venteux du Cerro El Plomo. Mais quelqu'un les avait vus: Oscar Gonzalez, un alpiniste du club andin de Santiago-du-Chili...il aperçut les trois hommes, des muletiers indiens...
Mais ce n'était pas, à proprement parler, la rencontre de trois Indiens à 5000mètres qui était singulière. Non, ce qu'il y avait d'oppressant, d'inquiétant, et pour tout dire de suspect, c'était ce qu'ils emportaient avec eux: un sac lourdement chargé qui avait la forme d'un corps replié sur lui-même....
Oscar Conzalez frémit. Mais il l'oublia. Il ne devait s'en ressouvenir que récemment lorsque le bruit se répandit dans Santiago-du-Chili qu'un vieux muletier manchot, escorté de deux acolytes, se promenait dans la ville en offrant pour 80 000pesos (400 000fr) – pas un de moins!- le cadavre « tout frais » d'un petit Indien...
L' « indiecito », dont il proposait le corps, avait été tué quatre siècles plus tôt: c'était un enfant inca dont les muletiers disaient avoir découvert la dépouille momifié sur le sommet du Cerro El Plomo. Mais pouvait-on les croire?
Jamais encore on n'avait trouvé dans cette région, ni à cette hauteur, une momie inca. C'était une découverte trop merveilleuse, trop inattendue pour que le spécialistes de l'Amérique précolombienne puissent seulement le croire. Et puis ceux qui la racontaient n'étaient que de pauvres muletiers, à la cervelle farcie de légendes, toujours prêts à lancer à la tête des naifs la fabuleuse histoire du « Trésor des Incas », éternellement cherché, jamais trouvé. Bref, tout Santiago-du-Chili jugea que ce n'était pas sérieux. Un seul homme savait que ça l'était: Oscar Gonzalez. Car lui, il avait vu le manchot et ses compagnons descendre le sac funèbre des hauteurs du Cerro...
Les muletiers proposèrent de vendre leur petit Inca au musée qui accepterait 45 000pesos. Mais c'était encore la plus grosse somme jamais dépensée par le musée pour l'achat d'une pièce archéologique....L' »indiecito » fut admis au musée d'histoire naturelle de Santiago et le public autorisé à le voir. L'affluence fut si grande que l'on craignit de voir s'effondrer le parquet. Un million et demi de visiteurs ont défilé en quelques semaines devant le « dormeur éternel »...
Exposé au musée de Santiago, le corps de cet enfant inca a été conservé presque intact pendant 400ans dans la terre des Andes. Les antropologistes supposent qu'il s'agit d'un garçon de dix ans, immolé à l'une des divinités incas. Il porte des vêtements de sérémonie: chemise à frange de poils de lama, plaques et bracelet d'argent. Ses chaussons ont permis de reconstituer toute son histoire. Ses moccasins brodés révèlent un aristocrate de l'Empire Inca.
C'est un petit garçon naif qui est monté jadis sur le sommet du Cerro El Plomo, au milieu d'un cortège de pourpre et d'or. Les flûtes réjouissaient son coeur. Il ne savait pas qu'il allait mourir là-haut – et qu'il ne serait même pas pleuré. L'indiecito a mis quatre cents ans avant de trouver la pitié qu'on lui doit. Au musée, les visiteurs font silence. Les conversations tombent. Les pas s'amortissent. Derrière les paupières closes du petit Inca, une civilisation dort.
Paris Match (avril-mai, 1955)
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